"Janoir, une vie à peindre", film documentaire
Featured Video Play Icon

Chapitre 7

Un fragment d’éternité

Jean Janoir ne voit pas le temps passer quand il crée, non, « le temps ne passe pas. » Mais à moment, il doit s’arrêter : « Il arrive un moment où je ne peux plus continuer, il faut que le toile soit arrivée à un certain stade… Il faut s’arrêter parce qu’on sait que si on continue on l’abîme. » Le surgissement de la forme peut prendre du temps, mais quand ça vient « tout va bien », nous dit-il en nous souriant. À l’heure où prononce ces mots, il ne peut même plus aller dans le bureau de son atelier pour peindre à l’ordinateur… Mais il évoque ses sensations comme si elles sont toujours actuelles, étant toujours en lui.

Vanité de Jean Janoir, peinture à l'huile (1974).

Vanité de Jean Janoir, peinture à l’huile (1974).

Que deviendra l’œuvre de Jean Janoir ?

« Si mon vendeur de peintures est un escroc, disait Janoir, mes peintures disparaîtront », ou tomberont en morceaux comme certaines œuvres des impressionnistes. L’Histoire jugera son œuvre, si elle est bien conservée... « Je ne pense pas que les peintres du Moyen-Âge ou de la Renaissance se sont posés la question de savoir combien de temps allaient durer leurs peintures », ajouta Janoir après nous avoir parlé des encres à pigments utilisées pour l’impression sur toile de ses peintures numériques, d’une durée de conservation d’au moins un siècle : « Ils ont peint pour leur époque, et après adviendra ce qui pourra. » Comme le rappelle le critique et collectionneur Régis Neyret, il ne faut pas être dupe, ce n’est jamais que « pour un morceau d’éternité qu’on travaille ».

Ce petit morceau se gagne aussi en portant à la connaissance du public l’œuvre de l’artiste. Régis Neyret regrette à ce titre que les œuvres de Janoir n’aient jamais été exposés au musée Paul Dini de Villefranche-sur-Saône depuis sa large donation, même s’il est évident que toutes les œuvres des réserves ne peuvent être exposées. Conservatrice des musées de Mâcon, Marie Lapalus, nous explique ainsi que la toile de Janoir conservée au musée des Ursulines est restée dans les réserves car ne correspondant pas à la ligne directrice actuelle du musée. Peut-être qu’une place y sera par la suite accordée à Janoir, en tant qu’artiste natif de la ville. Mais pour que le peintre ait la place qu’il mérite sûrement sur les cimaises des musées, il faudra une prise de conscience de sa valeur, une reconnaissance même tardive.

Un film pour défier le temps

C’est aussi pour « un morceau d’éternité » que nous avons réalisé Janoir, une vie à peindre, pour préserver quelques temps, l’image de nos amis Jean et Michelle. La figuration finale de l’éternité, qui nous tenait particulièrement à cœur, nous a guidé pour mener à bien son récit. Nous avons très tôt décidé de conclure le film par une vision des berges de la Saône illuminée par ce même soleil qui réchauffait Jean Janoir lorsqu’il émergeait, enfant, du fleuve. Nous avions en pensée la paix décrite dans son poème « Mi-temps » (publié dans Angle mort en 2002) ainsi que ces mots de Régis Neyret :

JANOIR L’ÉTERNITÉ

L’infini qui s’envole et l’oiseau qui se pose, l’eau, la terre et le ciel mêlés en un seul feu, les intérieurs secrets, les promesses lointaines, et la femme, toujours et partout retrouvée.

Pendant le tournage, en 2011, nous voulions les emmener voir la Saône déborder, étendue d’eau superbe lorsque les pluies la font sortir de son lit. Le chemin bordé de peupliers, peupliers magiques sortant de l’eau, c’est magnifique disait Jean. On voulait aller à Mâcon avec eux, se promener sur les berges, avec notre caméra et notre magnétophone à la place des pinceaux et de la boîte d’aquarelle de sa jeunesse. Il aimait la puissance calme de la Saône « Le ciel et l’eau m’ont pas inspiré mais m’ont toujours troublé, émue… » nous dit le peintre devant des plans de la rivière avant d’ajouter : « ça peut faire penser peut-être à certaines de mes peintures mais quand elle frémit comme ça. Mais c’est vraiment involontaire de ma part ou alors c’est mon subconscient qui parle tout seul. »

Faire Janoir, une vie à peindre, c’était tenter de peindre une vie, pour l’arracher un peu à l’inéluctabilité de la mort. Vie de Jean parti le premier, vie de Michelle disparue après lui, trop tôt. Souvent nous pensons à eux, nous revoyons leurs visages… « Vous êtes en train de m’enregistrer là ? » nous demande Janoir en regardant la caméra avec un sourire malicieux. On le lui a dit, mais il l’a oublié ! « Oh, les bourriques ! » s’exclame-t-il en riant. C’était Janoir.

Émilie Souillot et Jérémy Zucchi

Réalisé par Émilie Souillot et Jérémy Zucchi, 2013.
Produit par JPL Productions et Cinaps TV avec le soutien du CNC.
Durée totale du film 53 minutes

Générique du film

  • Production : JPL Production et Cinaps TV avec le soutien du CNC
  • Réalisation : Émilie Souillot et Jérémy Zucchi
  • Avec Jean Janoir, Michelle Janoir, Pierre Arrivetz, Jean-Jacques Lerrant, Régis Neyret, Jacques Ray, Damien Voutay…
  • Musique : Émilie Souillot (piano), Élodie Poirier (violoncelle et nickelharpa) et Jérôme Bodon-Clair (guitare)
  • Image et son : Émilie Souillot et Nicolas Folliet
  • Montage : Pierre-Louis Vine
  • Enregistrement de la musique : Benoît Bel, studio Mikrokosm
  • Moyens Techniques : Cinaps TV / Jeudi 15
  • Chargé de production : Yoann Nurier
  • Producteur délégué : Jean Pierre Lagrange
  • HD – Durée 52 min – Son stéréo – Couleurs, 16/9 – 2013

Événements

Vernissage de l'exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

Vernissage de l’exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

En partenariat avec l’association Eclore, la mairie du 2ème arrondissement de Lyon a organisé une exposition rétrospective de l’œuvre de Jean Janoir du 4 au 15 novembre 2013. Lors du vernissage, pour la première fois, le film Janoir, une vie à peindre est projeté. Les contributeurs de cette exposition (les galeristes Jean-Louis Mandon et Damien Voutay ainsi que des amis de Jean Janoir) ont offert au public l’occasion de découvrir une vingtaine de toiles (peintures à l’huiles et numériques), permettant d’appréhender son œuvre dans sa continuité. Une projection pour des étudiants en arts a par ailleurs été proposée quelques jours plus tard.

Le 16 mars 2014, le film Janoir, une vie à peindre est projeté à la Galerie Jean-Louis Mandon (Lyon) dans le cadre d’une exposition de peintures à l’huile de Jean Janoir et Pierre Montheillet (du 11 au 30 mars 2014). Depuis, le film poursuit son existence, faisant découvrir l’œuvre de Janoir à un public restreint mais touché par ses formes, sa force, son histoire. Les événements proposant projection et exposition permettent aux spectateurs de mieux comprendre les enjeux des œuvres exposées grâce à l’éclairage apporté par le film. C’est toujours l’occasion d’une rencontre entre l’œuvre et le public.

Revue de presse

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Téléchargez le dossier de présentation (PDF)

Organiser une projection

Ce film peut-être librement projeté, dans un but non-commercial exclusivement, lors d’évènements gratuits, ainsi que dans un cadre pédagogique ou périscolaire. Que pensez-vous de demander à ses réalisateurs de venir le présenter? Eh bien alors, n’hésitez pas, envoyez un mail via ce formulaire à contact [@] eclorecreations.com

Merci d'entrer vos informations de contact ci-dessous et nous nous répondrons dès que possible

Suivez l’actualité du film sur Facebook

Site réalisé avec WordPress. Libre adaptation du thème Yoko de Elmastudio.

Haut