"Janoir, une vie à peindre", film documentaire
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Chapitre 2

Jean et Michelle Janoir

Des figures humaines qui émergent des surfaces colorées des œuvres de Jean Janoir, presque toutes sont des femmes, peut-être en raison d’un nécessaire besoin de complémentarité qu’il renvoyait, selon ses termes, à celle du Ying et du Yang. Un jour, la co-réalisatrice de Janoir, une vie à peindre, Émilie Souillot, éclata de rire en plein entretien avec le peintre : tout en parlant, il faisait le geste de fumer alors que sa cigarette n’était pas allumée. Janoir rit à son tour et déclara : « Voilà quelque chose qui est très féminin. Michelle, par exemple, quand je me casse la gueule elle rit aux éclats ! » Jean alluma cette fois-ci sa cigarette tandis que, hors-champ, son épouse cessa de rire et répliqua : « Tu dis ça mais quand l’autre nuit tu es tombé, ça ne m’a pas fait rire… »

Michelle, pilier et mémoire de Jean Janoir

Que serait devenu le peintre Jean Janoir sans son épouse? Elle se nommait Michelle Bouix ; elle était son pilier, sa force, sa mémoire. C’est elle qui lui offrit sa première boîte de peinture à la fin des années quarante, alors qu’il n’avait presque rien pour vivre. Elle ne parlait pas beaucoup de sa propre vie, vivant avec abnégation pour son mari, ce peintre qu’elle avait toujours soutenu et dont elle devait être toujours aux côtés. Grâce à cette femme amoureuse et déterminée, Janoir n’eut jamais à remettre en cause sa profession d’artiste. Elle lui donnait la liberté dont il avait besoin par son travail, et le soutenait à chaque fois que lui, cette force de la nature, avait besoin de soutien.

Michelle Bouix et Jean Janoir à l'époque de leur rencontre au Hot Club, à la fin des années quarante.

Michelle Bouix et Jean Janoir à l’époque de leur rencontre au Hot Club, à la fin des années quarante.

Michelle n’était pas une sage femme au foyer, bien qu’elle ait vécu toute sa vie dans le même immeuble de la rue Vendôme de Lyon : elle aimait danser sur du jazz dans sa jeunesse, et n’hésitait pas à se rebeller. C’est au Hot Club de Lyon, club de jazz dont Jean Janoir était un des membres fondateurs, qu’elle le rencontra en 1947. Elle le connut musicien, guitariste fondateur avec d’autres du Hot Club de Lyon, avant de découvrir ses talents de peintre. C’était dans une autre cave alors que celle de la rue Lanterne où nous avons invité pour une rencontre les amis de Jean et Michelle, en 2013, mais l’esprit demeure. Nous avons tenu à rappeler dans le film l’importante de l’épouse de l’artiste, elle qui parlait peu lors des entretiens réalisés pour Janoir, une vie à peindre, demeurant dans l’ombre de son époux. Par le contraste provoqué par la juxtaposition de la femme en robe rouge et de Michelle âgée de 80 ans, nous avons tenté de condenser le temps, de faire en sorte qu’elle puisse par procuration traverser les moments de sa vie, elle qui ne s’est jamais départie de sa joie de vivre et de son humilité, quels que furent les réussites ou les épreuves.

Que reste-t-il de nos amis ?

Aidant les artistes dans le cadre d’une association, et soutenant sans cesser son époux, Michelle Janoir entendait mener à son terme l’œuvre de son mari en confiant son œuvre à un musée ou à une fondation. Son décès à 80 ans, un mois et demi après la disparition de Jean, nous bouleversa, si soudain, si inattendu… C’était le 15 février 2012. Le 13 octobre, une grande partie de l’œuvre de Janoir fut vendue lors d’une vente judiciaire ; Michelle n’avait pas eu le temps de protéger l’œuvre de son mari et d’éviter leur dispersion. Comme une seconde mort, ses peintures furent dispersées au quatre vents, jusqu’à ce que le hasard les amène dans un musée, peut-être. Certaines de ses toiles, estimées à 2000 € quelques années auparavant, furent vendues pour un prix entre cinq et dix fois moindre, la toile la plus chère ayant été achetée 1000 € lors de cette vente. Cruauté des cotes, qui n’est rien à côté de celle de la vie.

L'atelier de Jean Janoir en 2011, resté en l'état depuis 1995.

L’atelier de Jean Janoir en 2011, resté en l’état depuis 1995.

Comment la vie d’un homme, lorsqu’il a passé sa vie à créer, peut-elle ne rien valoir après sa mort ? 183 €, tel fut le prix payé pour un autoportrait de jeunesse daté de 1947, unique vestige des premières toiles de Janoir. Michelle et Jean sont morts, la maladie, la vieillesse ont tout emporté ; et nous songeons au temps qu’ils ont mis à répertorier toute une œuvre, des heures et des heures de travail et de fatigue à sortir les toiles de l’atelier et à les numéroter… Ironie de l’histoire, les pinceaux aussi furent vendus, ces mêmes pinceaux qui étaient demeurés depuis 1995 sur le meuble où Janoir rangeait le matériel de peinture qu’il n’utilisait plus depuis sa grave maladie, comme en en attente de resservir, à côté de tubes de couleurs et de chiffons laissés là où ils avaient été posés après la dernière toile. L’atelier de Janoir possédait cette étrange atmosphère d’un temps figé.

Émilie Souillot et Jérémy Zucchi

Réalisé par Émilie Souillot et Jérémy Zucchi, 2013.
Produit par JPL Productions et Cinaps TV avec le soutien du CNC.
Durée totale du film 53 minutes

Générique du film

  • Production : JPL Production et Cinaps TV avec le soutien du CNC
  • Réalisation : Émilie Souillot et Jérémy Zucchi
  • Avec Jean Janoir, Michelle Janoir, Pierre Arrivetz, Jean-Jacques Lerrant, Régis Neyret, Jacques Ray, Damien Voutay…
  • Musique : Émilie Souillot (piano), Élodie Poirier (violoncelle et nickelharpa) et Jérôme Bodon-Clair (guitare)
  • Image et son : Émilie Souillot et Nicolas Folliet
  • Montage : Pierre-Louis Vine
  • Enregistrement de la musique : Benoît Bel, studio Mikrokosm
  • Moyens Techniques : Cinaps TV / Jeudi 15
  • Chargé de production : Yoann Nurier
  • Producteur délégué : Jean Pierre Lagrange
  • HD – Durée 52 min – Son stéréo – Couleurs, 16/9 – 2013

Événements

Vernissage de l'exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

Vernissage de l’exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

En partenariat avec l’association Eclore, la mairie du 2ème arrondissement de Lyon a organisé une exposition rétrospective de l’œuvre de Jean Janoir du 4 au 15 novembre 2013. Lors du vernissage, pour la première fois, le film Janoir, une vie à peindre est projeté. Les contributeurs de cette exposition (les galeristes Jean-Louis Mandon et Damien Voutay ainsi que des amis de Jean Janoir) ont offert au public l’occasion de découvrir une vingtaine de toiles (peintures à l’huiles et numériques), permettant d’appréhender son œuvre dans sa continuité. Une projection pour des étudiants en arts a par ailleurs été proposée quelques jours plus tard.

Le 16 mars 2014, le film Janoir, une vie à peindre est projeté à la Galerie Jean-Louis Mandon (Lyon) dans le cadre d’une exposition de peintures à l’huile de Jean Janoir et Pierre Montheillet (du 11 au 30 mars 2014). Depuis, le film poursuit son existence, faisant découvrir l’œuvre de Janoir à un public restreint mais touché par ses formes, sa force, son histoire. Les événements proposant projection et exposition permettent aux spectateurs de mieux comprendre les enjeux des œuvres exposées grâce à l’éclairage apporté par le film. C’est toujours l’occasion d’une rencontre entre l’œuvre et le public.

Revue de presse

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

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