"Janoir, une vie à peindre", film documentaire
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Chapitre 5

Un poète plasticien

« C’est important de considérer l’œuvre de Janoir dans sa continuité, dans ses expériences, dans ses métamorphoses et de voir qu’il reste quoi qu’il fasse fidèle à une vision poétique » déclarait le critique Jean-Jacques Lerrant, avant de qualifier Jean Janoir de « poète plasticien ». En témoigne, parmi ses plus importantes créations, sa participation en 1967 à la création de la maison de Pierre Arrivetz, à Limonest (sous la direction de l’architecte Robert Dussud), dont il conçut en particulier la porte d’entrée en résine polyester rouge, la cheminée et un escalier très particulier. « C’est une histoire d’amitié et de correspondance esthétique » déclarait le peintre à propos de cette collaboration.

Janoir architecte d’intérieur

Pourquoi passer de la peinture à l’architecture ? « On m’a demandé de faire ça, alors j’ai fait ça, répond Janoir très simplement. À l’époque on était peintre et plasticien comme on dit aujourd’hui. » De nouveau, il s’agissait pour lui de transposer son savoir-faire pictural en volumes, habitables cette fois-ci. « L’escalier correspond aux peintures. […] J’ai découvert le travail des rouges. Le rouge est une couleur envahissante (avec le bleu de Prusse). Il faut plonger dedans et après on s’en sort plus. »

Janoir réalisa par ailleurs des vitraux peints en fibre de verre du mess des officiers du Quartier Général Frère. Et surtout, l’appartement où il vécut avec son épouse des années cinquante jusqu’à sa disparition. Petit (vingt-huit mètres carrés) mais idéalement pensé pour la vie à deux, c’était un volume tout en contraste, dont les surfaces courbes noires s’opposaient aux murs écrus. Des espaces étaient concaves (la salle de bain à la paroi cylindrique en fibre de verre verte), d’autres convexes (la cuisine). On sentait dans cet appartement son amour de la forme, de la matière, de la surface, de la couleur. Ce logement étant en location, l’aménagement intérieur fut détruit après le décès de Michelle Janoir. Il n’en reste guère de traces photographiques. Nous ignorions alors qu’il était nécessaire de préserver par l’image cet appartement où Michelle aurait dû vivre encore quelques années après la disparition de son époux.

Paroi en fibre de verre translucide verte de la salle de bain de l'appartement de Jean et Michelle Janoir, conçue par Jean Janoir.

Paroi en fibre de verre translucide verte de la salle de bain de l’appartement de Jean et Michelle Janoir, conçue par Jean Janoir.

Après les collaborations avec Louis Erlot pour ses opéras et avec Pierre Arrivetz pour sa maison, Jean Janoir se consacra exclusivement à sa pratique personnelle, intime, de la peinture. Son caractère bien trempé l’ayant conduit à se fâcher avec nombre d’artistes, critiques, galeristes, amis, il choisit de faire sa peinture en restant « dans son trou » pour ne plus entendre dans les salons ou les vernissages « les mêmes conneries, les mêmes bêtises pour être poli… Enfin j’ai dit conneries, je le regrette pas ». Sans enfant, Jean et Michelle s’isolèrent progressivement. La maladie se chargea, à partir de 1995, d’entériner cet état de solitude.

Archiver la création?

Nous ignorions l’existence des films Super 8 de la construction de la maison Arrivetz avant notre rencontre avec ce dernier, le dernier jour du tournage du film en octobre 2013. C’est à notre grande surprise que le vieil ami de Janoir étala devant nos yeux ébahis ses archives, et nous tendit un DVD des pellicules numérisées. Nous pouvions, pour la première fois, voir Jean et Michelle Janoir se mouvoir dans leurs jeunes corps des années soixante. Face à ses images, et à l’importance des mots de Pierre Arrivetz mettant en évidence la poésie des formes de Janoir, en architecture comme en peinture, nous décidâmes d’y consacrer un chapitre de Janoir, une vie à peindre, tandis que son montage s’achevait.

Archives de la conception de la maison Arrivetz à Limonest. Photographie de la maquette de l'escalier conçu par Jean Janoir (1967).

Archives de la conception de la maison Arrivetz à Limonest. Photographie de la maquette de l’escalier conçu par Jean Janoir (1967).

Pierre Arrivetz nous informa aussi posséder un film Super 8 montrant Janoir peignant l’immense toile de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Lyon, en 1963. Malheureusement, la pellicule ne fut pas retrouvée. Nous aurions pu accéder un instant à ce lieu du « secret des secrets » au seuil impossible à franchir. Il refusait toute présence lors de ses séances de peinture, l’instant de création n’étant rien d’autre qu’un moment à soi  : « Il faut être égoïste quand on est sur sa toile, d’ailleurs on y pense même pas, on l’est » aimait-il déclarer. Lorsque nous avions fait part à Jean Janoir de notre souhait de le filmer en train de créer une peinture numérique sur Photoshop, il refusa catégoriquement ; mais lorsqu’il s’installa à son ordinateur devant notre caméra, il se laissa aller à esquisser pour nous une peinture. C’était un témoignage de sa confiance.

Janoir n’était pas du genre à communiquer sa manière de travailler, à l’exception de quelques textes où il expose sa conception de la peinture (dont « Comme une lettre » en 1986). Il faisait encore partie de cette génération d’hommes « de Gutenberg » comme le dit Régis Neyret, non un homme de l’ère « d’Internet et de l’image » qui voit la multiplication des informations autour de la création et de la diffusion de chaque chose (livres, sites web, vidéos, flyers…). Autrefois, les traces des œuvres étaient moins nombreuses car le besoin de communiquer était moins grand, « aujourd’hui on fabrique de la communication autour de ce qu’on fait » rappelle Régis Neyret. Par nos choix opérés pour Janoir, une vie à peindre, et les textes que vous lisez actuellement, nous tentons à notre manière de faire le grand écart entre ces deux époques.

Émilie Souillot et Jérémy Zucchi

Réalisé par Émilie Souillot et Jérémy Zucchi, 2013.
Produit par JPL Productions et Cinaps TV avec le soutien du CNC.
Durée totale du film 53 minutes

Générique du film

  • Production : JPL Production et Cinaps TV avec le soutien du CNC
  • Réalisation : Émilie Souillot et Jérémy Zucchi
  • Avec Jean Janoir, Michelle Janoir, Pierre Arrivetz, Jean-Jacques Lerrant, Régis Neyret, Jacques Ray, Damien Voutay…
  • Musique : Émilie Souillot (piano), Élodie Poirier (violoncelle et nickelharpa) et Jérôme Bodon-Clair (guitare)
  • Image et son : Émilie Souillot et Nicolas Folliet
  • Montage : Pierre-Louis Vine
  • Enregistrement de la musique : Benoît Bel, studio Mikrokosm
  • Moyens Techniques : Cinaps TV / Jeudi 15
  • Chargé de production : Yoann Nurier
  • Producteur délégué : Jean Pierre Lagrange
  • HD – Durée 52 min – Son stéréo – Couleurs, 16/9 – 2013

Événements

Vernissage de l'exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

Vernissage de l’exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

En partenariat avec l’association Eclore, la mairie du 2ème arrondissement de Lyon a organisé une exposition rétrospective de l’œuvre de Jean Janoir du 4 au 15 novembre 2013. Lors du vernissage, pour la première fois, le film Janoir, une vie à peindre est projeté. Les contributeurs de cette exposition (les galeristes Jean-Louis Mandon et Damien Voutay ainsi que des amis de Jean Janoir) ont offert au public l’occasion de découvrir une vingtaine de toiles (peintures à l’huiles et numériques), permettant d’appréhender son œuvre dans sa continuité. Une projection pour des étudiants en arts a par ailleurs été proposée quelques jours plus tard.

Le 16 mars 2014, le film Janoir, une vie à peindre est projeté à la Galerie Jean-Louis Mandon (Lyon) dans le cadre d’une exposition de peintures à l’huile de Jean Janoir et Pierre Montheillet (du 11 au 30 mars 2014). Depuis, le film poursuit son existence, faisant découvrir l’œuvre de Janoir à un public restreint mais touché par ses formes, sa force, son histoire. Les événements proposant projection et exposition permettent aux spectateurs de mieux comprendre les enjeux des œuvres exposées grâce à l’éclairage apporté par le film. C’est toujours l’occasion d’une rencontre entre l’œuvre et le public.

Revue de presse

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

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