"Janoir, une vie à peindre", film documentaire
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Chapitre 3

Naissance d’un artiste

Sortir de son milieu

« Je te dirai qu’on s’en fout complètement ! Les deux pics ! Église épouvantable, moche ! » Ainsi s’emportait Jean Janoir en regardant des plans de sa ville natale de Mâcon, où il naquit en 1929. Gardait-il de bons souvenirs de son enfance ? De la Saône, surtout. « Quand c’était l’été on allait se baigner, on rentrait pas tout de suite », nous racontait-il. Avec une quinzaine de camarades, ils fabriquèrent un jour un radeau qu’il poussèrent en nageant vers une petite île de la Saône. « Et après on se laissait descendre. » Il avait besoin de ces échappées hors de son milieu, où il se sentait à l’étroit. Dans sa famille, « il y avait deux choses qui comptaient : le travail et l’honnêteté », sans encouragement à devenir artiste ou poète. Dans sa chambre d’enfant, rue Lacretelle, était accrochée une « vieille croûte », une marine représentant un navire toute voile ouverte en pleine tempête. C’était vague dans son esprit, mais il avait envie de faire « quelque chose comme ça ».

Autoportrait de Jean Janoir (1947).

Autoportrait de Jean Janoir (1947).

C’est place de la Barre à Mâcon, dans une petite librairie aujourd’hui disparue, que Jean Janoir découvrit les œuvres révolutionnaires de Matisse, Picasso et Braque : « J’ai vu une ouverture pour sortir de mon milieu », nous racontait-il. Ses parents lui achetèrent un livre sur Picasso. La rencontre avec son ami Raoul Bruckert, futur saxophoniste talentueux, fut décisive pour le futur peintre : « Tout était à faire car il n’y avait rien, et il faut dire qu’on était à l’âge où on découvrait les choses. » Il découvrirent ensemble le jazz : quelle libération après les « années de silence » de l’Occupation ! Janoir suivit pendant un an les cours de l’École de Dessin de Mâcon avec Raoul Bruckert puis, toujours ensemble, ceux des Beaux-Arts de Lyon en 1946. Des œuvres de Janoir de cette période ne subsiste qu’un autoportrait daté de 1947 ; sombre, on y reconnaît un jeune homme aimant Baudelaire et Rimbaud, se rêvant peut-être artiste maudit.

Entre jazz et peinture

Étudiants au sein de l’institution rigoriste et puritaine (à cette époque) des Beaux-Arts de Lyon, Raoul saxophoniste et Jean guitariste formèrent un quartet (des Bozarts) avec deux autres amateurs. De ce groupe naquit en 1947, avec d’autres, le Hot Club de Lyon. À l’aube des années cinquante, il fallait faire résonner un jazz moderne, révolutionnaire, choquant pour les bourgeois et les puritains de la ville. « On vivait le jazz à notre manière, c’était vraiment une manière de vivre, on dormait trois heures par nuit » se souvenait-il. Jusqu’à la fin de sa vie, Janoir aima le jazz, cette « musique qui se perd dans le temps. C’est fugace, les improvisations, si elles sont enregistrées, elle ne sont pas notées. La seule trace qui peut y avoir c’est l’enregistrement. » Pendant des heures, vers 1947, il écoutait en boucle des disques pour retranscrire la musique sur des partitions… « On a perdu tellement de temps à faire ça plutôt qu’à travailler notre technique » racontait-il à Emilie Souillot lors de son entretien pour son film Histoire (s) de Jazz, Le Hot Club de Lyon. Janoir alors vivait des heures sombres, sans argent pour vivre, encore moins pour peindre. « C’était le vide », disait-il pudiquement. Avec plus de distance et d’humour, il avait pu nous confier auparavant, en riant : « J’ai vendu ma guitare pour un sandwich ».

Faute de pouvoir être à la fois guitariste de jazz et peintre, Janoir abandonna la musique. « Je suis venu à Lyon pour faire les Beaux-Arts, il était pas question que je termine musicien, déclarait-il. J’étais là pour faire de la peinture. Il s’est trouvé que j’ai abandonné le jazz plus rapidement que je le pensais mais je ne le regrette pas. Je n’ai aucun remords. » Dans son atelier étaient accrochées ses vieilles guitares, dont il ne jouait plus depuis longtemps ; mais le jazz demeurait en Janoir à travers sa manière de plus en plus libre de concevoir la peinture. Pour leur premier anniversaire de mariage (qui eut lieu en 1953), son épouse Michelle lui offrit une boite de peinture. Il commença alors à élaborer les œuvres dites des « bibliothèques » d’inspiration cubiste, exposant pour la première fois en 1957.

Peintures de la série des "bibliothèques" de Jean Janoir (vers 1957).

Peintures de la série des « bibliothèques » de Jean Janoir (vers 1957).

Émilie Souillot et Jérémy Zucchi

Réalisé par Émilie Souillot et Jérémy Zucchi, 2013.
Produit par JPL Productions et Cinaps TV avec le soutien du CNC.
Durée totale du film 53 minutes

Générique du film

  • Production : JPL Production et Cinaps TV avec le soutien du CNC
  • Réalisation : Émilie Souillot et Jérémy Zucchi
  • Avec Jean Janoir, Michelle Janoir, Pierre Arrivetz, Jean-Jacques Lerrant, Régis Neyret, Jacques Ray, Damien Voutay…
  • Musique : Émilie Souillot (piano), Élodie Poirier (violoncelle et nickelharpa) et Jérôme Bodon-Clair (guitare)
  • Image et son : Émilie Souillot et Nicolas Folliet
  • Montage : Pierre-Louis Vine
  • Enregistrement de la musique : Benoît Bel, studio Mikrokosm
  • Moyens Techniques : Cinaps TV / Jeudi 15
  • Chargé de production : Yoann Nurier
  • Producteur délégué : Jean Pierre Lagrange
  • HD – Durée 52 min – Son stéréo – Couleurs, 16/9 – 2013

Événements

Vernissage de l'exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

Vernissage de l’exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

En partenariat avec l’association Eclore, la mairie du 2ème arrondissement de Lyon a organisé une exposition rétrospective de l’œuvre de Jean Janoir du 4 au 15 novembre 2013. Lors du vernissage, pour la première fois, le film Janoir, une vie à peindre est projeté. Les contributeurs de cette exposition (les galeristes Jean-Louis Mandon et Damien Voutay ainsi que des amis de Jean Janoir) ont offert au public l’occasion de découvrir une vingtaine de toiles (peintures à l’huiles et numériques), permettant d’appréhender son œuvre dans sa continuité. Une projection pour des étudiants en arts a par ailleurs été proposée quelques jours plus tard.

Le 16 mars 2014, le film Janoir, une vie à peindre est projeté à la Galerie Jean-Louis Mandon (Lyon) dans le cadre d’une exposition de peintures à l’huile de Jean Janoir et Pierre Montheillet (du 11 au 30 mars 2014). Depuis, le film poursuit son existence, faisant découvrir l’œuvre de Janoir à un public restreint mais touché par ses formes, sa force, son histoire. Les événements proposant projection et exposition permettent aux spectateurs de mieux comprendre les enjeux des œuvres exposées grâce à l’éclairage apporté par le film. C’est toujours l’occasion d’une rencontre entre l’œuvre et le public.

Revue de presse

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

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