"Janoir, une vie à peindre", film documentaire
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Chapitre 6

L’ordinateur contre la mort

En 2002, à l’âge de 73 ans, Jean Janoir apprit à utiliser un ordinateur et créa son propre langage pictural avec Photoshop, comme avec les autres techniques et supports qu’il avait abordé dans sa vie, de la peinture à l’huile à l’architecture en passant par l’opéra. « Je me suis trouvé dans une continuation » nous disait-il. Loin des lits d’hôpitaux, Janoir était devenu un pont entre deux siècles, entre l’ancien et l’actuel, entre peinture et pixel. Son carnet de croquis était désormais son ordinateur, enregistrant ses créations les plus fugitives, telles des improvisations de jazz.

Peindre sur Photoshop à 80 ans

Chaque jour, Janoir créait au moins une peinture numérique. Il lâchait toute bride, créant avant tout pour lui-même. Au jour le jour, le visionnage de ces peintures numériques révèle ses obsessions du moment et ses changements d’humeur (ses proches se souviennent de ses colères homériques), mais aussi montrent comment une idée qui prend forme dans une peinture numérique évolue d’œuvre en œuvre. Il sélectionnait une poignée de peintures numériques destinées à être imprimées sur toile, mais tirait une épreuve de chaque création (contrôlant ainsi leurs couleurs), ces tirages étant archivées et classées dans des boites spécifiques.

Peintures numériques de Jean Janoir (2008-2009).

Peintures numériques de Jean Janoir (2008-2009).

Quelques peintures numériques de Jean Janoir (2008-2009).

Chaque peinture numérique imprimée sur toile était unique et signée de la main de Janoir, et son fichier Photoshop originel détruit ; ce qui n’empêchait pas certains acheteurs de douter à tort de son honnêteté. Il n’utilisait pas l’ordinateur pour produire pour les masses, à la Andy Warhol, malgré la virtualité de l’œuvre numérique : « Je ne veux pas perdre mon temps à fabriquer des multiples ! Je m’enlève une possibilité de créer en prenant ce temps-là » s’exclamait-t-il. Perdre son temps, voilà le maître mot pour un homme au prise avec la maladie. Janoir était un peintre du présent, mais il n’était pas contemporain ; il utilisait simplement l’ordinateur pour continuer à peindre. Il ressemblait à un peintre de la première modernité, tel un Matisse âgé et barbu d’aujourd’hui.

À l’heure de l’image virtuelle photoréaliste, il refusait d’utiliser une tablette graphique par crainte d’être tenté de retomber dans le piège de la ressemblance. Ses figures, souvent féminines, se fondent dans les couleurs, suggérées afin qu’on puisse les imaginer. La maladresse de la souris lui permettait d’échapper au piège de la ressemblance trop académique et ainsi, en un mot, de rester moderne. Le principal bouleversement opéré par la pratique numérique consistait en la possibilité de revenir en arrière ; des repentirs, Janoir ne pouvait guère auparavant s’en permettre en raison de la finesse de sa matière picturale.

Peintures numériques de Jean Janoir (2008-2009).

Peintures numériques de Jean Janoir (2008-2009).

Le numérique au service de la peinture

Janoir nommait ses œuvres numériques « alterpeintures », suggérant selon le critique Régis Neyret que « c’est de la peinture d’aujourd’hui, mais ce n’est pas de la peinture » en raison de cet alter qui désigne ce qui autre. L’ordinateur était pour Janoir un outil nouveau, mais sa manière de concevoir la peinture restait pourtant la même, sans toutefois « le moelleux de la peinture » que regrettait Jean-Jacques Lerrant. L’unicité et la matérialité de la peinture sont des valeurs importantes pour Janoir, mais « c’est l’art qui est sacré, non son mode d’expression », car l’art est « un combat contre la mort » : peu importent les outils et les supports qui permettent à l’artiste de s’exprimer, seule son expression compte. Comme le dit Janoir, il faut « faire un effort d’imagination et d’intelligence pour comprendre que c’est un moyen nouveau de s’exprimer ». Malheureusement, son passage à la peinture numérique reçut du public habituel de ses œuvres un accueil poli mais froid. Le peintre se confronta à l’incompréhension de nombreux acheteurs et galeristes qui préférèrent ses peintures à l’huile. Peut-être Janoir avait-il exposé trop tôt certaines de ses créations numériques, à un moment où il ne maîtrisait pas encore suffisamment son nouvel outil de création.

Le bureau de Janoir et l'ordinateur avec lequel il créait ses peintures numériques.

Le bureau de Janoir et l’ordinateur avec lequel il créait ses peintures numériques.

Les peintures numériques des dernières années de sa vie témoignent de l’œuvre d’un artiste parvenu au sommet de sa créativité, malgré les épreuves de la vie, malgré la maladie et le temps. Après son décès, lors de la vente judiciaires du 13 octobre 2013 de ses œuvres et biens, les peintures numériques furent bradées en lots. Janoir n’avait pas fini son combat pour faire reconnaître la seule manière de peindre qui lui restait, la seule manière de continuer son « combat contre la mort ».

Émilie Souillot et Jérémy Zucchi

Réalisé par Émilie Souillot et Jérémy Zucchi, 2013.
Produit par JPL Productions et Cinaps TV avec le soutien du CNC.
Durée totale du film 53 minutes

Générique du film

  • Production : JPL Production et Cinaps TV avec le soutien du CNC
  • Réalisation : Émilie Souillot et Jérémy Zucchi
  • Avec Jean Janoir, Michelle Janoir, Pierre Arrivetz, Jean-Jacques Lerrant, Régis Neyret, Jacques Ray, Damien Voutay…
  • Musique : Émilie Souillot (piano), Élodie Poirier (violoncelle et nickelharpa) et Jérôme Bodon-Clair (guitare)
  • Image et son : Émilie Souillot et Nicolas Folliet
  • Montage : Pierre-Louis Vine
  • Enregistrement de la musique : Benoît Bel, studio Mikrokosm
  • Moyens Techniques : Cinaps TV / Jeudi 15
  • Chargé de production : Yoann Nurier
  • Producteur délégué : Jean Pierre Lagrange
  • HD – Durée 52 min – Son stéréo – Couleurs, 16/9 – 2013

Événements

Vernissage de l'exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

Vernissage de l’exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

En partenariat avec l’association Eclore, la mairie du 2ème arrondissement de Lyon a organisé une exposition rétrospective de l’œuvre de Jean Janoir du 4 au 15 novembre 2013. Lors du vernissage, pour la première fois, le film Janoir, une vie à peindre est projeté. Les contributeurs de cette exposition (les galeristes Jean-Louis Mandon et Damien Voutay ainsi que des amis de Jean Janoir) ont offert au public l’occasion de découvrir une vingtaine de toiles (peintures à l’huiles et numériques), permettant d’appréhender son œuvre dans sa continuité. Une projection pour des étudiants en arts a par ailleurs été proposée quelques jours plus tard.

Le 16 mars 2014, le film Janoir, une vie à peindre est projeté à la Galerie Jean-Louis Mandon (Lyon) dans le cadre d’une exposition de peintures à l’huile de Jean Janoir et Pierre Montheillet (du 11 au 30 mars 2014). Depuis, le film poursuit son existence, faisant découvrir l’œuvre de Janoir à un public restreint mais touché par ses formes, sa force, son histoire. Les événements proposant projection et exposition permettent aux spectateurs de mieux comprendre les enjeux des œuvres exposées grâce à l’éclairage apporté par le film. C’est toujours l’occasion d’une rencontre entre l’œuvre et le public.

Revue de presse

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

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