"Janoir, une vie à peindre", film documentaire
Featured Video Play Icon

Chapitre 4

L’Opéra, la gloire et l’oubli

Pélléas et Mélisande, une révolution à l’Opéra

En 1962, le critique René Deroudille rendit visite à Jean Janoir pour lui proposer de faire des décors pour l’Opéra de Lyon, l’invitant à rencontrer le metteur en scène Louis Erlot. Michelle Janoir nous expliqua que Deroudille « trouvait que la peinture de Jean avait un lien avec Debussy », d’où sa proposition de confier à Janoir la conception des décors et costumes de Pélléas et Mélisande (1962, Paris et Strasbourg). « Après discussion avec le père Camerlo [qui dirigeait l’Opéra de Lyon], Jean construit la maquette [des décors] sur la table du salon. Il y a encore des traces, des cicatrices sur cette table. » Il n’y a presque plus de traces des décors et costumes réalisés pour l’Opéra de Lyon, sinon des photographies jaunies dans de petites coupures de journaux que Jean et Michelle feuilletèrent devant notre caméra.

L’audace du Pélléas et Mélisande de Louis Erlot et des décors de Janoir scandalisa tant l’éditeur de Debussy que ce dernier demanda son interdiction. Entre-temps, l’opéra avait remporté un grand succès critique, le peintre étant récompensé par le prix national de la critique lyrique. « Il paraît, nous dit Janoir, que c’était la première fois que la critique parisienne descendait en province. » « Elle descend ! »,  souligna l’ancien critique du Monde et du Progrès Jean-Jacques Lerrant, et ils rirent ensemble. Bien sûr, certains firent la fine bouche, tel Claude Rostand intitulant son article « Un Pélléas à l’armoricaine »… Et pour cause, au cours des répétitions un éclairage trop rouge avait fait s’exclamer le peintre : « Surtout pas ça on dirait un homard ! ». Et voilà le critique reconnu (au parent Edmond Rostand célébrissime) qui en fait le titre de son article, dans lequel il ne considère le travail effectué que sous l’angle réducteur d’une recette de cuisine, d’une addition d’ingrédients et d’inspirations.

Après Pelléas et Melisande, se succédèrent les décors et costumes de Samson et Dalila (1962, Buenos-Aires) L’Enfant et les Sortilèges et L’Heure Espagnole de Ravel, Iphigénie en Tauride de Glùck en 1964, puis le ballet de la Symphonie fantastique de Berlioz en 1967. Janoir décida soudainement de tout laisser tomber.

Maquettes de Jean Janoir pour L'Heure Espagnole et L'Enfant et les sortilèges (1964).

Maquettes de Jean Janoir pour L’Heure Espagnole et L’Enfant et les sortilèges (1964).

De la solitude à l’oubli

S’il avait continué à concevoir des décors et costumes d’opéras, Janoir aurait-il eu l’énergie et le temps de construire l’œuvre picturale dont il rêvait? Aurait-il fini par sombrer dans l’oubli ? Ses toiles monumentales, telle celle de dix-huit mètres carrés réalisée en 1963 pour la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Lyon auraient-elle été quand même été décrochées de leurs murs, enlevées de leurs châssis et entreposées dans des réserves ?

Remercions chaleureusement Hélène Chivaley, responsable du service archives et documentation de la Chambre, d’avoir entrepris avec son assistant les recherches qui ont permis de retrouver cette immense toile réalisée pour une nouvelle salle de conférence dont Pierre Arrivetz était chargé de l’aménagement. Après trois mois de recherches, la toile sortit enfin des réserves du Palais du Commerce. La séquence du film Janoir, une vie à peindre au cours de laquelle Jean et Michelle regardent les images filmées de la redécouverte de cette œuvre constitue le dernier entretien filmé de Jean Janoir. Pour la dernière fois nous l’avons vu chez lui, assis dans son canapé. Revoir cette toile qui lui avait demandé tant d’efforts était, nous l’ignorions, notre cadeau d’adieu.

Peinture sur toile de Jean Janoir de dix-huit mètres carrés pour la Chambre de Commerce et de l'Industrie de Lyon (1963).

Peinture sur toile de Jean Janoir de dix-huit mètres carrés pour la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Lyon (1963).

Parce que sa toile n’était plus jugée à la mode, elle fut décrochée à la fin des années quatre-vingt, et remisées dans les réserves. Sa valeur semblait alors quasi nulle, cruauté des cotes ! Hors de l’art contemporain, hors du marché et des vernissages, Janoir n’en avait plus rien à faire des modes et des fluctuations des cotes lorsque nous le côtoyions. Il ne se sentait pas à sa place dans le monde artistique d’aujourd’hui, qui selon lui « ne vit que par la communication » et qui lui semblait exclure ceux qui, comme lui, n’usent pas des services d’agents et de communicants et persistent à pratiquer la peinture. « Nous, on existe pas pour ces gens-là », nous déclarait-il amèrement. « Est-ce que vous prenez encore la peine d’expliquer l’intérêt de faire de la peinture aujourd’hui ? » lui demanda-t-on. « Non, moi j’explique plus rien du tout. Je ne sais même pas s’il y a intérêt à faire de la peinture maintenant… »

JANOIR LA SOLITUDE

Au-delà de la mode et dans la permanence, en dépit des marchands et de la marchandise, ennemi des proseurs et des calculateurs, indépendant encore et pour la fin des jours.

(Régis Neyret)

Émilie Souillot et Jérémy Zucchi

Réalisé par Émilie Souillot et Jérémy Zucchi, 2013.
Produit par JPL Productions et Cinaps TV avec le soutien du CNC.
Durée totale du film 53 minutes

Générique du film

  • Production : JPL Production et Cinaps TV avec le soutien du CNC
  • Réalisation : Émilie Souillot et Jérémy Zucchi
  • Avec Jean Janoir, Michelle Janoir, Pierre Arrivetz, Jean-Jacques Lerrant, Régis Neyret, Jacques Ray, Damien Voutay…
  • Musique : Émilie Souillot (piano), Élodie Poirier (violoncelle et nickelharpa) et Jérôme Bodon-Clair (guitare)
  • Image et son : Émilie Souillot et Nicolas Folliet
  • Montage : Pierre-Louis Vine
  • Enregistrement de la musique : Benoît Bel, studio Mikrokosm
  • Moyens Techniques : Cinaps TV / Jeudi 15
  • Chargé de production : Yoann Nurier
  • Producteur délégué : Jean Pierre Lagrange
  • HD – Durée 52 min – Son stéréo – Couleurs, 16/9 – 2013

Événements

Vernissage de l'exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

Vernissage de l’exposition Jean Janoir à la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le 4 novembre 2013.

En partenariat avec l’association Eclore, la mairie du 2ème arrondissement de Lyon a organisé une exposition rétrospective de l’œuvre de Jean Janoir du 4 au 15 novembre 2013. Lors du vernissage, pour la première fois, le film Janoir, une vie à peindre est projeté. Les contributeurs de cette exposition (les galeristes Jean-Louis Mandon et Damien Voutay ainsi que des amis de Jean Janoir) ont offert au public l’occasion de découvrir une vingtaine de toiles (peintures à l’huiles et numériques), permettant d’appréhender son œuvre dans sa continuité. Une projection pour des étudiants en arts a par ailleurs été proposée quelques jours plus tard.

Le 16 mars 2014, le film Janoir, une vie à peindre est projeté à la Galerie Jean-Louis Mandon (Lyon) dans le cadre d’une exposition de peintures à l’huile de Jean Janoir et Pierre Montheillet (du 11 au 30 mars 2014). Depuis, le film poursuit son existence, faisant découvrir l’œuvre de Janoir à un public restreint mais touché par ses formes, sa force, son histoire. Les événements proposant projection et exposition permettent aux spectateurs de mieux comprendre les enjeux des œuvres exposées grâce à l’éclairage apporté par le film. C’est toujours l’occasion d’une rencontre entre l’œuvre et le public.

Revue de presse

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Article publié dans Le Progrès (Lyon), le 11 novembre 2013.

Téléchargez le dossier de présentation (PDF)

Organiser une projection

Ce film peut-être librement projeté, dans un but non-commercial exclusivement, lors d’évènements gratuits, ainsi que dans un cadre pédagogique ou périscolaire. Que pensez-vous de demander à ses réalisateurs de venir le présenter? Eh bien alors, n’hésitez pas, envoyez un mail via ce formulaire à contact [@] eclorecreations.com

Merci d'entrer vos informations de contact ci-dessous et nous nous répondrons dès que possible

Suivez l’actualité du film sur Facebook

Site réalisé avec WordPress. Libre adaptation du thème Yoko de Elmastudio.

Haut